Au delà des défis de société souvent évoqués pour faire face aux enjeux du développement durable, trois questions plus spécifiques challengent la gouvernance des projets de territoire tant elles semblent difficiles à aborder au travers des démarches de conception traditionnelles : comment prévoir et mesurer la performance et la compétitivité d’un territoire ; comment mettre l’usage au centre d’un projet et intégrer les usagers à sa conception ; comment anticiper les cycles de vie et l’évolutivité d’un territoire et de ses infrastructures ? Aborder ces défis amène à réfléchir à l’évolution des processus d’idéation et d’innovation dans le cadre de démarches plus collaboratives.

L’idéation dans ce domaine n’est  pas tant destinée à formuler une solution et à la représenter qu’à produire collectivement des choix qui favorisent la négociation, les échanges de points de vue et les visions partagées entre les diverses parties prenantes. Seule cette ouverture à de nombreux savoirs et savoir faire, certains étant experts et d’autres plus tacites, légitiment la décision. Il convient donc de soigner minutieusement les conditions de mise en œuvre de cette étape préalable trop souvent négligée, ou confiée à des acteurs qui la confisquent à leur seul profit. Cette ouverture peut être confortée par des « lieux d’innovation » qu’il s’agit d’identifier ou, à défaut, de créer et d’animer. Derrière ces lieux, se profile le principe de laboratoires d’innovation urbaine qui mobilisent, hors institutions, le personnel politique et technique des villes, les citoyens, les entreprises et les milieux académiques concernés. Ces «embrayeurs de débats», en associant intelligence relationnelle, règles de décision et partage de responsabilités, et en se focalisant sur la résolution d’actions précises et bien identifiées, constituent un bon terreau pour l’innovation.

Le printemps de l’économie, Paris, 2016