Depuis l’origine des villes, et aujourd’hui encore, l’attitude des sociétés urbaines face à l’inondation est duale : dans un sens, elles la ressentent comme un danger imprévisible et dévastateur, de l’autre, elles éprouvent pour les paysages de l’eau un attrait qui leur fait oublier toute prudence. Dans les grandes métropoles contemporaines, la technique de protection la plus fréquente consiste à élever des digues, à développer des aires de rétention en amont des zones habitées et à évacuer les eaux. Ces attitudes doivent être renforcées mais aussi reconsidérées. Depuis plusieurs décennies, de nombreuses catastrophes ont dramatisé les relations des villes avec l’eau et modifié la perception du risque inondation auprès des populations comme chez les professionnels de l’urbanisme.

L’ensemble de ces paramètres appelle les villes à un changement de paradigme face à la gestion du risque. Dresser des barrages toujours plus hauts, mettre en place des systèmes de pompage toujours plus puissants ne constitue pas une réponse durable. Ce constat les amènent à réfléchir à des stratégies d’aménagement « avec l’eau », et non plus uniquement contre elle. De nombreux projets témoignent d’un regard positif sur la proximité de l’eau. Mais ils sont coûteux et imposent des montages financiers innovants, obligeant les villes à trouver un équilibre économique entre le poids financier et humain des dommages ainsi évités et le profit des opportunités développées.

Au regard de ces expériences, on peut mettre l’accent sur trois impératifs qui prennent en France une importance toute particulière compte-tenu de la lourdeur des jeux d’acteurs et de la dilution des responsabilités : concilier les directives nationales et les échelons de décision locaux, franchir les frontières administratives pour aborder des logiques géographiques et faire travailler ensemble tous les acteurs concernés. Le principe de « vivre avec l’eau » implique un état d’esprit nouveau, et notamment de revoir le concept de protection en l’adaptant au cas par cas, de saisir les opportunités pour innover à toutes les échelles du territoire, d’offrir un vrai dialogue y compris aux populations et aux milieux professionnels, et enfin de mettre en place des enseignements de prévention du risque.

Ecole d’ingénieurs de la ville de Paris, université d’été 2015

Ecole nationale supérieure d’architecture de La Villette, colloque « Evolution du paysage urbain parisien au prisme des risques climatiques », 2016

Ecole nationale supérieure d’architecture de La Villette, DPEA, 2016