C’est la question que m’a posée dans le cadre de sa thèse une jeune doctorante de l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf venue la semaine dernière à Paris après avoir parcouru plusieurs autres capitales. De quoi s’agissait-il ? Une ville informationnelle serait selon elle une ville qui produit de la connaissance et qui met en œuvre des stratégies et des moyens d’information adaptés pour la communiquer tant au niveau local que global.

Concernant Paris, la réponse à cette question apparait complexe, ambiguë, paradoxale même, et m’a semblé mériter un débat. Dans un sens, Paris dispose d’un formidable potentiel dans le domaine de la connaissance  avec ses bibliothèques, ses universités, ses écoles, ses centres de recherche et ses institutions culturelles. Même si son rayonnement s’est réduit depuis l’entre deux guerres, elle reste une ville créative qui accueille artistes, industries culturelles, étudiants et chercheurs du monde entier, un centre culturel dont l’offre est probablement unique avec ses innombrables musées, ses expositions, ses théâtres, ses salles de cinémas, etc. Elle constitue une référence mondiale dans le domaine de l’information et de la communication avec ses nombreux réseaux, certes essentiellement francophones, qui diffusent largement, urbi et orbi. Elle jouit d’une excellente image, dispose d’équipements et d’espaces publics de qualité, elle est parfaitement accessible, desservie par toutes sortes de moyens de déplacement et, au delà des chiffres et des statistiques, continue d’attirer nombre d’entreprises et de visiteurs.

Et pourtant, malgré cet excellent potentiel, Paris semble balancer entre deux attitudes que tout oppose ; elle sait se comporter comme une ville généreuse, résolument contemporaine, phare de la connaissance et de la culture, mais peut aussi se révéler conservatrice, frileuse et repliée sur son patrimoine, s’encanaillant parfois en organisant quelques manifestations éphémères, mais hésitant souvent lorsqu’il est question d’ouverture sur le monde et d’innovation, notamment informationnelle. Paris laisse aujourd’hui partir la portion la plus créative de sa population, ses artistes qui lui préfèrent Berlin ou Londres, ses étudiants qui n’y trouvent pas d’hébergement décent, ses galeries les plus dynamiques qui vont à New York ou à Miami, … Les architectes, considérant que réaliser une œuvre architecturale résolument contemporaine à Paris relève de l’exploit, vont vendre leurs talents ailleurs. Ce phénomène est aggravé par la pression foncière qui réduit la mixité de la population, repoussant les classes moyennes vers des périphéries toujours plus lointaines, et attirant de plus en plus de riches étrangers pour qui l’immobilier parisien est surtout un investissement plus ou moins dormant. Sur un autre plan, Paris ne sait ni organiser des processus de démocratie locale pour informer ses citoyens de ses projets, ni renforcer les liens avec ses universités, ni assurer une transversalité entre ses grands centres de connaissance, … Et que dire de la misérable assistance offerte aux pauvres touristes étrangers qui tentent de s’orienter dans les transports en commun de la capitale ? Tous ces signes montrent, parmi d’autres, que la ville reste gouvernée par des comportements archaïques, notamment sur le plan de l’information et la communication.

Paris donne ainsi le sentiment d’hésiter entre ces deux modèles, celui d’une ville informationnelle qui serait ouverte sur le monde, et celui d’une ville patrimoniale et provinciale renfermée sur elle-même, tandis que certains de ses responsables et de ses habitants restent très attirés par le confort rassurant bien qu’un peu conformiste du second. C’est dommage car en fusionnant ces deux modèles il y aurait sans doute matière à inventer une stratégie originale et probablement unique.

Jean-Jacques Terrin