Le monde souterrain ne laisse personne indifférent, ses représentations ont constitué l’occasion de la plus libre des fantaisies, de l’intrusion la plus débridée du subconscient, de l’expression sans cesse renouvelée de symboles philosophiques, mythologiques, religieux, ésotériques ou magiques. Il est un monde peuplé de légendes, de rêves, d’introspection et d’angoisses. Compte tenu de sa méconnaissance de ce monde peu accueillant et de sa maladresse naturelle à l’explorer, il n’est pas étonnant que l’humanité ait enfoui dans son sous-sol la part la plus sombre et la plus difficilement exprimable de son imaginaire. Se rappelant ses peurs enfantines, elle y cherche peut-être aussi les racines de son inconscient collectif. Elle entretient avec ce monde une relation ambiguë : elle le perçoit à la fois comme un monde de ténèbres, obscur reflet de ses angoisses, et comme un monde de profondeurs, source de connaissance, de sagesse et de fertilité.

Cette conférence témoigne du foisonnement que suscitent ces innombrables représentations du monde souterrain en s’inscrivant dans un vaste parcours. Il débute par la description des profondeurs de la terre et des portes qui permettent d’y accéder, qui ont fait l’objet de tant de conjectures. Puis, comme dans tout parcours initiatique, on pénétrera dans l’obscurité de ces lieux de mort qui s’enfoncent dans la terre, séjours impénétrables peuplés de personnages mystérieux, et on explorera les mythes qu’ils ont faits naître. Dans ces profondeurs, on observera alors ce que D.H. Lawrence appelle les ténèbres de la germination, et les formes de vie et de création qui émergent de ce monde apparemment stérile. Puis on examinera la façon dont on a représenté ces entrailles qui fertilisent, abritent, éclairent, irriguent le monde d’en haut et lui offrent leurs richesses spirituelles et terrestres. On se évoquera ensuite l’enfermement, surveillance et punition fusionnant souvent dans les espaces souterrains. Pour finir, on plongera dans l’univers de destruction et de violence qui envahit parfois le monde d’en bas, l’enfonçant dans les abîmes primordiales dont il avait émergé.

École Nationale supérieure des arts décoratifs, 2014, Paris.